—Jamais! reprit Bati, d’un air navré.

—Ça, fit Lebrac, c’est un malheur, mon vieux! oui, un grand malheur! un vrai malheur! et on n’y peut rien.

—Alors?

—Alors t’as qu’à rogner quand t’iras en commission. Je «m’esplique»: quand tu as une pièce à changer, tu cales un sou et tu dis que tu l’as perdu. Ça te coûtera une gifle ou deux, mais on n’a rien pour rien en ce bas monde, et puis on gueule avant que les vieux ne tapent, on gueule tant qu’on peut et ils n’osent pas taper si fort; quand c’est pas une pièce, par exemple quand c’est de la chicorée que tu vas acheter, il y a des paquets à quatre sous et à cinq sous, eh bien si t’as cinq sous tu prends un paquet de quatre sous et tu dis que ça a augmenté; si on t’envoie acheter pour deux sous de moutarde, tu n’en prends que pour un rond et tu racontes qu’on ne t’a donné que ça. Mon vieux, on ne risque pas grand’chose, la mère dit que l’épicier est un filou et une fripouille et cela passe comme ça.

Et puis, enfin, à l’impossible personne n’est tenu. Quand vous aurez trouvé des sous, vous payerez; si vous ne pouvez pas, tant pis, en attendant on s’arrangera autrement.

Nous avons besoin de sous pour acheter du fourbi; eh bien! quand vous trouverez un bouton, une agrafe, un cordon, un lastique, de la ficelle à rafler, foutez-les dedans votre poche et aboulez-les ici pour grossir le trésor de guerre.

On estimera ce que cela vaut, en tenant compte que c’est du vieux et pas du neuf. Celui qui gardera le trésor tiendra un calepin sur lequel il marquera les recettes et les dépenses, mais ça serait bien mieux si chacun arrivait à donner son sou. Peut-être que, plus tard, on aurait des économies, une petite cagnotte quoi, et qu’on pourrait se payer une petite fête après une victoire.

—Ce serait épatant ça, approuva Tintin! Des pains d’épices, du chocolat...

—Des sardines!

—Trouvez d’abord les ronds, hein, repartit le général!