—T’as raison, convint La Crique.
Et comme ils rejoignaient Camus, sa fronde à la main, en train de viser des moineaux qui picoraient sur le fumier du père Gugu, ils lui montrèrent les boutons de chemise en verre blanc cousus sur un petit carton bleu; il y en avait cinquante et ils lui confièrent qu’à cela se bornaient leurs achats du moment, lui donnèrent les raisons de leur abstention prudente et lui affirmèrent que, pour une heure, tout serait quand même acheté.
De fait, vers midi et demie, comme Lebrac sortant de table se rendait en classe les mains dans les poches, en sifflant le refrain de Camus alors fort à la mode parmi eux, il aperçut, l’air très affairé, sa bonne amie qui se dirigeait vers la maison de la mère Maillot par le traje des «Cheminées».
Comme personne n’était à ce moment sur le pas de sa porte et qu’elle ne le voyait pas, il attira son attention par un «tirouit» discret qui la prévint de sa présence.
Elle sourit, puis lui fit un signe d’intelligence pour indiquer où elle allait et Lebrac, tout joyeux, répondit lui aussi par un franc et large sourire qui disait la belle joie d’une âme vigoureuse et saine.
Dans la cour de l’école, dans le coin du fond, tous les yeux des présents fixaient obstinément et impatiemment la porte, espérant d’instant en instant l’arrivée de Tintin. Chacun savait déjà que la Marie s’était chargée de faire elle-même les achats et que Tintin l’attendait derrière le lavoir, pour recevoir de ses mains le trésor qu’il allait bientôt présenter à leur contrôle.
Enfin il apparut, précédé de La Crique et un ah! général d’exclamation salua son entrée. On se porta en masse autour de lui, l’accablant de questions:
—As-tu le fourbi?
—Combien de boutons de veste pour un sou?
—Y en a-t-il long de ficelle?