Il en est à peu près de même dans les Arts, dans la Physique, dans l’Astronomie, &c.
Je conviens que des enfans ne sont point en état de comprendre les secondes opérations, ni les raisonnemens qu’elles exigent ; mais je soutiens que toute personne qui a des sens, est capable des premieres, puisqu’elles ne consistent qu’à distinguer les objets & leurs différentes parties, à les peser, à les mesurer, à remarquer leurs couleurs, à dessiner leurs contours : tout ce qui ne demande que des yeux, des mains & un très-simple calcul, n’est point au-dessus de la portée de l’âge le plus tendre.
On ne prétend point démontrer à des enfans la divisibilité de la matiere à l’infini ; mais un enfant de sept ans peut appercevoir qu’un grain de carmin teint sensiblement dix pintes d’eau, & que par conséquent il peut être divisé en autant de particules, qu’il y a de petites gouttes de liqueur.
Qu’un grain d’or mis en feuilles, peut couvrir une surface de 50 pouces quarrés ; que chaque feuille d’un pouce quarré, peut se couper en deux cens petites bandes, & chaque petite bande en deux cens plus petites ; de sorte que chaque feuille ainsi divisée, contient des parties presque innombrables.
Qu’une feuille d’or couvrant un cylindre d’argent, peut être applatie, alongée & mise en un fil de 444 lieues. On découvre dans les liqueurs, des animaux qu’on démontre géométriquement être 27 millions plus petits qu’un ciron ; ces animaux ont des veines, des muscles, &c. &, ce qui est plus petit encore, des liqueurs qui y circulent & qui en entretiennent le jeu. (Hist. de l’Acad. des Sciences, 1718, p. 9.)
On ne demande pas que la Méchanique soit enseignée aux enfans ; mais on ne sauroit les accoutumer de trop bonne heure à voir les machines simples qui produisent & facilitent le mouvement, à remarquer les effets sensibles du levier, des roues, des poulies, de la vis, du coin & des balances.
Les femmes considerent des ciseaux par leur matiere & comme un bijou ; les ouvrieres, comme un outil pour couper : y auroit-il de l’inconvénient que l’on fît considérer cet instrument aux enfans, comme étant composé de deux leviers réunis par un clou qui leur sert de point d’appui, & les deux branches tranchantes en dedans, comme deux coins propres à diviser, lorsqu’ils éprouvent l’action des leviers ?
Qu’on leur fît remarquer que plus le point d’appui est éloigné de la puissance qui donne le mouvement, plus la force est grande, &c.
Il y a un livre assez imparfait, intitulé, Description abrégée des principaux Arts & Métiers, & des instrumens qui leur sont propres, le tout détaillé par figures. L’académie fait imprimer la description des Arts : c’est un des plus beaux monumens que la génération présente puisse laisser à la postérité.
Est-il au-dessus de la portée des enfans, de feuilleter ces Livres, d’en dessiner quelques figures ? Seroit-il impossible d’avoir dans un College une salle où l’on mît des modeles de machines en bois ou en fer ? S’il y avoit dans cette salle des armoires garnies, de quelques morceaux d’Histoire naturelle, ne demanderoient-ils pas avec empressement à les voir ! Ils se promeneroient, ils agiroient & acquerroient en même temps des connoissances.