«Beaupertuis, dit-il, excusez-moi; je tombe de temps à autre dans des idées noires; c'est l'âge qui me vaut cela. Et puis, j'ai sur le cœur quelque chose qui me pèse.
--Vous, père Potard? demanda le jeune homme, dont le trouble augmentait à chaque instant.
--Oui, Édouard, moi-même. Et tenez, je cherchais un confident! Un confident, cela soulage! Voyons, Beaupertuis, voulez-vous être le mien?»
Sans savoir au juste où Potard voulait en venir, et quel rôle l'attendait lui-même, en tout ceci, le jeune homme essaya de se défendre; il opposa des excuses, prétexta des affaires, se prétendit à jeun, imagina des rendez-vous, enfin employa mille stratagèmes pour couper brusquement l'entretien. Mais le troubadour avait fait ton plan, et rien ne pouvait l'en détourner.
«Je le tiens, disait-il à part lui, tu ne m'échapperas qu'à bonnes enseignes. A mon tour, maintenant.»
Édouard eut beau faire, il ne put se dégager. Potard trouvait réponse à tout et se montrait inflexible.
«Voyons jeune homme, disait-il, pas de mauvaises défaites. On doit bien une demi-journée de son temps à un ancien. Vous n'avez pas déjeuné: cela se rencontre à merveille; je suis à jeun aussi. Ah! parbleu, ajouta-t-il en montrant sur sa gauche un bouchon d'assez pauvre apparence, voici un coin où l'on exécute avec un certain succès l'omelette au lard; il s'y trouvera bien une longe de veau pour assortir l'omelette, et quelques fioles de petit bourgogne pour arroser le tout. Allons, Beaupertuis, emboîtez le pas et suivez votre chef de file:
En avant, marchons,
Contre les flacons.
A travers le choc et le bruit des bouchons,