--Qu'est-ce donc, petite? lui dit-elle avec bonté. Te voilà changée en fontaine: d'où vient cela?

Aux premiers mots qu'avait prononcés la vieille femme, Suzon s'était éveillée comme d'un rêve. Plonger la main dans la poche de son tablier, y saisir un mouchoir et sécher ses pleurs fut l'affaire d'un instant. Quand elle répondit, les traces de l'orage avaient disparu, et son œil brillait comme un rayon de soleil entre deux nuées.

--Ne faites pas attention, madame Falempin, répondit-elle: un moment d'ennui, un tracas de petite fille. Cela passera.

En même temps, elle se remit à la besogne en affectant une gaieté qui était loin de son cœur. Cette fois, l'épouse de César ne s'y trompa point; elle examina mieux la physionomie de Suzon, et s'aperçut de l'altération que ses traits avaient subie. Elle entrevit la vérité et pressa la jeune fille.

--Ma petite, lui dit-elle, ne nous cachons pas derrière le doigt. Tu as du chagrin, conte-moi ça.

--Mais, non, madame Falempin, je vous assure, répondit Suzon. Pourquoi voulez-vous que j'aie du chagrin? Est-ce qu'il me manque quelque chose ici? Est-ce que tout le monde n'y est pas bon pour moi?

On eût dit que le cœur protestait, car deux larmes suspendues au bord des paupières donnèrent un démenti à ces paroles.

--Pauvre enfant! dit la vieille femme attendrie. Suzon, ajouta-t-elle, ne sois donc pas boutonnée comme cela. A quoi bon, ma petite? est-ce que je te fais peur?

--Peur? oh! non, madame Falempin, répliqua la jeune fille. Mais que voulez-vous que je vous dise? un tas de misères. Depuis quelques jours, je me sens toute sens dessus dessous. Eh bien, quoi! Un peu de patience; ça s'en ira comme c'est venu. A dix-sept ans, il y a de la ressource.

--Tu te sens donc malade, Suzon?