--Et le garant du marché, ajouta Anselme, où est-il?

--C'est moi, dit Muller.

--Eh bien, noble Allemand, touchez là, répondit Anselme en lui tendant la main. C'est fait. Vous pouvez commander les violons. A quand la noce?

--Dans quinze jours, répliqua Muller. Allez faire la paix avec votre tante et consoler votre fiancée.

Anselme n'en entendit pas davantage; il se mit à courir dans la direction qu'avait prise la mère Falempin, et laissa Muller enchanté d'avoir servi d'instrument à de généreuses pensées.

XX

La seconde idée de César.

En roulant sur la route de Bruxelles. César Falempin arrêta ses dernières dispositions. Le nom et l'adresse qu'il avait entrevus étaient, il n'en doutait pas, le nom d'emprunt, de Granpré et l'adresse où il devait le rencontrer. C'est donc à M. Martinon qu'il allait avoir affaire, et la rue de la Montagne devenait le centre de ses opérations.

Arrivé dans la capitale de la Belgique, César ne s'inquiéta ni des beautés de la perspective, ni de la date des monuments. Bruxelles n'avait pour lui qu'un intérêt: Granpré s'y était réfugié. Il se logea dans une obscure auberge des faubourgs; et, après s'y être installé tant bien que mal, il sortit pour aller poursuivre une première reconnaissance.

La rue de la Montagne est une assez longue rue; il n'y vit qu'un seul numéro, celui que portait la lettre de la baronne, et qui avait laissé dans la tête du vieux soldat une empreinte ineffaçable. Précisément, en face du numéro suspect, se trouvait un petit estaminet qui pouvait servir de poste avancé. César s'y installa, et en fit dès lors sa résidence habituelle. Il y vida pot de bière sur pot de bière, s'enfuma comme un Flamand, s'inonda comme un Brabançon, et se livra pendant trois jours à ces exercices sans en paraître ni fatigué ni ému. L'homme de l'Empire se retrouvait, même dans les factions infiniment prolongées.