—Vous voyez bien que non, puisque je crois tout possible, au contraire.
—Vous ne doutez pas du moins de la puissance de l'or? demanda l'Espagnole.
—Je ne doute pas non plus, madame, de la puissance de l'amour.
—Mais, qui l'emporte du cœur ou de l'argent?
—Parbleu! vous me posez là, en plaisantant, la grande question moderne. Voilà, au fond, tout le problème social. On se dispute dans toutes les langues, et l'on s'égorgille sous toutes les latitudes, pour savoir qui l'emportera, ou du cœur, qui s'appelle, à l'occasion, la patrie, la justice, la liberté; ou de l'argent, qui s'appelle communément l'égoïsme, la tyrannie, l'orgie. Il n'y a pas de questions politiques; il n'y a que des questions sentimentales. Aimer ou haïr! voilà l'alternative des peuples et des rois.
—Enfin, êtes-vous pour l'amour ou pour la haine? demanda encore l'Espagnole.
—Je vous dirai volontiers ce que Figaro écrivait sur ses tablettes, en changeant seulement les termes:
L'Amour et la Richesse
Se partagent mon cœur;
Si l'une est ma maîtresse,
L'autre est mon serviteur.
—J'entends, repartit gaiement madame Vernier, vous vous inclinez devant la richesse, et l'amour s'incline devant vous. Vous voulez être à la fois don Juan et le marquis de Carabas.
—Je n'ai pas dit cela; c'est Beaumarchais qui m'a trompé par sa comparaison. Je voulais faire comprendre que l'amour et l'argent sont deux pouvoirs, et que je suis pour l'équilibre des pouvoirs.