—Décidément, il est fou, se dit presque à demi-voix le capitaine Michel.

—Oui, continua sir Olliver avec une animation tout intérieure, pour ainsi dire, et sans que la vivacité de ses paroles ébranlât son corps immobile, fît frémir ses favoris soigneusement peignés, ébranlât le contour inflexible de son col de chemise; oui, je voudrais voir ce beau navire se tordre, se rouler et disparaître dans les flots. Quelle scène, ô Shakspeare!

Il y avait, dans ce souhait sinistre, un côté vraiment comique. Ce fut celui-là qui parut tout d'abord à l'imagination du capitaine, qui s'appuya aux bastingages pour supporter le poids de son hilarité. Mais sir Olliver ne riait pas; il trouvait, au contraire, l'hilarité du capitaine fort injurieuse, et il arrêtait sur lui son regard froid et dédaigneux, comme s'il eût attendu des excuses. Michel ne songeait guère à s'excuser. Il défaisait le nœud de sa cravate pour ne pas étrangler.

—Il faut convenir que vous êtes un homme bien aimable, disait le bon capitaine; vous prenez votre plaisir d'une singulière façon. Ah! il vous faudrait, pour vous seul, la représentation d'un naufrage. Vous n'êtes pas dégoûté; mais vous ne l'aurez pas.

—Oh! si, je l'aurai, dit d'un ton sec l'Anglais fort mécontent.

—Je vous en défie bien. Regardez-moi le ciel! est-il disposé à flatter vos manies? Regardez cette coquille? hein! est-elle faite pour la lame?

—Oui, ce vaisseau est très-confortable, répondit sir Olliver; mais un petit trou dans la calle me donnerait ce que je demande.

—Heureusement que nous sommes deux à vouloir, repartit rudement Michel qui essayait de couper court à la plaisanterie.

—Mais, moi, je veux plus que vous, continua l'Anglais.

—Il s'agit bien de notre volonté à tous les deux! Suis-je fou de vous écouter! Et Michel, en haussant les épaules, fit un pas pour se retirer.