—Quelle journée! quel travail! et l'on croit que je ne fais rien! Un ministère changé, un encouragement public donné à la science dans son personnage le plus éminent, Colbertini foudroyé, une économie réalisée, mes pertes au jeu glorieusement vengées! Que de choses en un jour! Si l'opposition n'est pas contente, elle aura tort.

Le prince Bonifacio avait raison. Les événements de la journée pouvaient réjouir l'opposition à plus d'un titre.

—Mais, se dit le prince au bout de quelques minutes, Colbertini ignore sa disgrâce. Hâtons-nous de la lui annoncer.

En conséquence de cette résolution qui n'était pas exempte de malice, le meilleur des hommes et le plus ingrat des princes écrivit à son adversaire de la matinée:

«Mon cher comte,

«Je n'ai eu jusqu'ici qu'à me louer de vos services, et j'éprouve une très-réelle satisfaction à vous donner ce témoignage, au moment où de graves considérations me forcent à vous laisser aller vers cette retraite que votre âge et vos travaux réclament impérieusement.

«Je n'oublierai jamais que vous avez été le confident de mes pensées les plus intimes. Souvenez-vous-en aussi.

«P.S. C'est le malheur des princes de rester insolvables envers ceux qui les ont le mieux servis. Je ne puis m'acquitter, mon cher comte. Mais je veux que le poids de ma dette me soit une occasion de penser toujours à vous.

«Sur ce, etc., etc.

Signé: BONIFACIO XXIII.