—Ah! monseigneur, croyez bien qu'ils ne tiennent pas à si peu de chose! Donnez-leur un titre, un hochet, et vous aurez toutes les cervelles de la principauté.

—Quel homme vous êtes! Vous franchissez d'un bond tous les échelons de la politique.

—Et vous, monseigneur, tous les abîmes de la science.

—Nous sommes faits pour nous entendre, mon bon Marforio.

—J'en ai l'espoir, monseigneur.

—Il ne me reste plus qu'à juger votre capacité à table. Mais j'ai de la confiance.

—Je la justifierai, monseigneur, dit Marforio qui ne se sentait pas d'aise, et qui, malgré la gravité des engagements pris par lui, eût dansé une sarabande au milieu du salon, s'il eût osé. Après tout, Richelieu dansait bien.

Bonifacio XXIII passa dans la salle du festin et présenta son nouveau ministre à ses collègues.

Marforio comprit du premier coup d'œil qu'il aurait facilement raison de ces excellentes gens. Ils n'avaient pas résisté à une vingtaine d'années de pouvoir et quelques-uns florissaient dans cet épaississement physique et moral qui était comme le but et la récompense des hautes fonctions exercées dans la principauté.

—Hein! dit Bonifacio tout bas à son premier ministre, quelles bonnes têtes!