—Quoi! c'est vous, Colbertini!
—Hélas! oui, monseigneur, c'est moi, reprit avec un soupir et un accent piteux le président du conseil dépossédé. C'est moi!
—Que faites-vous ici à pareille heure? demanda le prince.
—Mais, vous le voyez, monseigneur, je m'en vais comme un serviteur qu'on a chassé! Ah! voilà le prix de vingt-cinq années de bons services! Les princes sont des ingrats.
Lorenzo sourit et fut tenté de répondre:—Et les ministres, donc! On a toujours fait plus pour eux qu'ils n'ont fait pour le prince ou pour l'État.
Mais le prince héréditaire ne voulut pas entamer une discussion de philosophie politique.
—Il me semble, monsieur le comte, dit-il à Colbertini, que vous vous en allez bien tard. Tout le monde dort au château; de qui donc avez-vous pu prendre congé à cette heure?
—J'avais oublié quelques petits objets, murmura Colbertini.
Lorenzo fut frappé de l'embarras de l'ex-premier ministre. Il sentit un mystère. Bien que le palais de Bonifacio XXIII n'eût pas de chances pour devenir jamais un volcan, et bien que Colbertini, un peu machiavélique quand il tenait les cartes, ne le fût plus guère, lorsqu'il s'agissait seulement d'idées, Lorenzo craignit un complot, ou du moins une intrigue.
—Il se passe quelque chose, demanda-t-il vivement à l'ancien ministre et en essayant de le regarder en face; manœuvre que l'obscurité rendait fort difficile, mais qui réussit parfaitement, à cause du peu d'héroïsme de Colbertini.