—Comment?
—J'ai fait disparaître les preuves de vos sinistres erreurs.
—Quoi? que voulez-vous dire?
—Que j'ai fait respectueusement enterrer les ministres...
—Est-ce possible? s'écria Marforio qui bondit sur lui-même avec une fureur dont on ne l'eût jamais cru capable. Triple fou que j'étais de me confier à des princes! Mais l'assassin, c'est vous! mais le meurtrier, c'est vous! Ah! ah! mon Dieu! vous avez raison, je suis perdu! une si belle expérience!
Et Marforio, agitant les bras, tirant sa barbe, se livrant à un désordre de gestes qui dénotait la tempête, marchait en toute hâte vers le palais. Lorenzo s'efforçait de le suivre, essayant de le calmer et de le ramener à des sentiments moins barbares.
—N'avez-vous pas de honte, docteur, de ne regretter que l'expérience, quand vous avez tué...
—Mais je n'avais tué personne! Ils vivaient, ils dormaient; vous les avez enterrés tout vifs.
—Pourtant, dit Lorenzo que cette assurance étonnait sans le troubler, ces crânes ouverts, ces cervelles retirées?
—Ne voilà-t-il pas une preuve? Est-ce qu'on meurt parce que la tête a une fêlure? Est-ce que leur cervelle était indispensable? Pour l'usage qu'ils en faisaient!