Marforio, en dépit de sa confiance, ressentit quelque crainte. Je dis qu'il eut peur, je ne dis pas qu'il ressentit l'ombre d'un remords. Il tâta le pouls aux différents ministres, essaya de comprendre quelque chose à leurs discours interminables et confondus.

—Quelqu'un est entré dans la salle du trésor, dit-il enfin après avoir réfléchi.

—Personne, dit Bonifacio.

—Et moi, dit Lorenzo, je suis de l'avis du docteur, et je crois, en effet, qu'un imprudent et un traître a osé toucher aux bocaux.

—Si je savais son nom! s'écria Son Altesse.

Lorenzo, par prudence ou par un reste de pitié, n'osa pas livrer encore le nom de Colbertini.

—Qu'est-ce qu'on leur a fait? demanda Bonifacio sérieusement inquiet et en portant les deux mains à son front.

—Parbleu! on a changé les étiquettes et on m'a exposé à changer les cervelles de maîtres.

—Quelle horreur! s'écria le prince; et ce malheur pouvait m'arriver!

—Heureusement qu'il n'y avait personne contre qui l'on pût échanger la cervelle de Votre Altesse.