—Oh! sauvons l'honneur de la science avant tout! s'écria Marforio. Que faudra-t-il faire?

—Je vous l'ai dit: me garder le secret et m'aider à entretenir la principauté dans une illusion qui, j'en ai l'espoir, ne sera pas préjudiciable à ses intérêts.

—Oh! oh! l'appétit du pouvoir vous viendrait-il, mon gendre?

—Dites l'appétit du dévouement. Vous m'assurez que les corps étendus là peuvent vivre encore?

—Sans doute; puisqu'ils dorment, ils peuvent s'éveiller.

—Et en s'éveillant?

—Ils auront la même figure, la même allure qu'à l'ordinaire; seulement ce seront de belles têtes, sans cervelles. Pour quelques-uns, ce changement sera insignifiant.

—Et vous croyez qu'à moins de regarder dans la tête, on ne s'apercevra pas de... ce qui manque.

—Pourvu qu'on ne les interroge pas, le vide ne sera pas constaté.

—Eh bien, Marforio, réveillez-les; je penserai, j'agirai pour eux. Mais prenez bien garde que jamais personne ne se doute de la vérité. Il y va de notre honneur, peut-être aussi de la vie.