—Son Altesse travaille et travaillera longtemps. Elle ne veut pas être dérangée; en conséquence, elle vous enjoint de poser une sentinelle à la porte de la salle du conseil. Vous devez empêcher par tous les moyens possibles, même par les armes, qui que ce soit de pénétrer dans l'appartement. Colbertini sera bien fin, ajouta-t-il intérieurement, s'il déjoue ces précautions.

Colbertini n'y songeait guère. La police fut mise à ses trousses; mais il ne faudrait pas conclure de l'inutilité des recherches qu'il se cacha avec, beaucoup de soin. Il avait suivi la manifestation quasi séditieuse dont il était l'instigateur. L'apparition de Bonifacio et de ses ministres au balcon du palais le terrassa.

—Décidément, se dit-il, il y a là-dessous du sortilège.

Il n'osa pas avouer la coupable spoliation qu'il avait commise. C'était un gros attentat, et il pouvait payer de sa tête la cervelle de Bonifacio. Il jugea plus prudent de devancer la justice du peuple, et il partit immédiatement pour la frontière, où l'attendait un capucin de ses amis, auquel il avait promis une part dans le maniement des affaires, si la trame qu'il avait ourdie aboutissait. Il avait eu soin d'envoyer en partant un petit paquet à Marforio. C'était une lettre avec une clef.

«Traître, disait la lettre, tu l'emportes! mais pas pour longtemps! Je vais armer contre toi toutes les foudres célestes. Prie le diable qui t'inspire de te faire échapper à la sainte inquisition.»

Marforio rit beaucoup de ce billet.

—Le sot! dit-il, il se prétend un homme d'État, et il se fâche! il s'avoue vaincu.

Lorenzo, brisé d'émotion, s'était empressé d'aller tout raconter à Marta.

—J'ai menti à la face de Dieu et des hommes, lui dit-il en la voyant, voilà mon métier qui commence. Ah! tu m'aideras de ta sagesse et de tes conseils.

—Je t'aiderai de mes prières et de mon amour, répondit Marta.