—Eh bien, vous êtes un farceur de précaution! vous vous assurez contre l'entraînement du plaisir. Pourquoi ne pas faire naufrage dans une baignoire? c'eût été encore plus prudent.
—Je suis prudent, c'est vrai, répondit l'Anglais avec ce sang-froid fantastique qui signale souvent les commencements de l'ivresse, parce que je n'aime pas que l'on se moque de moi. D'ailleurs, je veux l'émotion du débarquement après l'émotion du naufrage.
—Vous l'aurez, milord, vous l'aurez.
—J'emporte toujours avec moi l'histoire de Robinson Crusoé, que j'ai beaucoup lue et que j'aime beaucoup, continua sir Olliver d'un ton horriblement lugubre.
—Je voudrais bien vous voir, milord, vous installant dans votre île et construisant votre habitation.
—Oh! j'ai une habitation toute faite, un petit chalet démonté que j'ai acheté avant de partir et que je mettrai sur le radeau.
—Vous serez fort beau allant à la chasse et cherchant votre nourriture dans les bois.
—Sans doute, mais j'ai quelques caisses de provisions...
—Que vous mettrez encore sur votre radeau. Je parie que vous avez aussi une cargaison de vêtements.
—Pouvais-je, mon cher capitaine, m'exposer au costume primitif?