—Parce que vous m'avez fait horriblement mal.
—Non, je devine. Vous vous dites que je suis bien ridicule de blâmer un luxe que je ne sais pas donner.
—Ah! mon ami, ce n'est plus à moi que vous pensez en parlant ainsi!
—Laissez-moi m'expliquer, Angèle; d'ailleurs, c'est là le secret de ma jalousie, de ma douleur, de mes doutes incurables! Je suis pauvre, vous êtes riche. Vous, baronne, veuve d'un millionnaire, vous avez quitté un hôtel élégant, des domestiques habiles, un luxe raffiné, pour courir les hasards de l'hospitalité vénale. Je souffre de vous voir ainsi, et j'ai peur que vous ne regrettiez Paris dans les auberges des bords du Rhin!
—Vous êtes jaloux du confortable!
—Je suis jaloux de tout ce que vous méritez et de ce que je suis forcé de vous refuser. Si vous vouliez me permettre, Angèle, de donner un concert...
—Et je recevrais les billets à la porte, n'est-ce pas? interrompit avec fierté la baronne. Ne vous inquiétez pas de ces vulgarités, mon ami. Ce pays est charmant; les hôtelleries y sont propres; je m'y trouve à l'aise; ne souhaitez rien de plus. Nous avons nos deux cœurs; toutes les chaumières peuvent nous suffire.
—Ces vulgarités, mon Angèle, mettent bien des cailloux sous nos pas. Vous n'osez jamais vous plaindre; mais je devine des privations. Ah! pourquoi ne suis-je pas riche!
—Ne vous plaignez donc pas d'un défaut qui m'attache à vous! D'ailleurs, si je vous coûte un peu cher, c'est votre faute: cotisons-nous.
—Encore! ne renouvelez jamais ces propositions, Angèle, je me trouverais déshonoré le jour où votre main, en se posant dans la mienne, y mettrait de l'or.