—Dis plutôt que tu n'aimes pas les Anglais. Ce n'est pas du tout la même chose.

—Dans ce temps-ci, c'est possible! mais autrefois! enfin, suffit. Ce que je viens vous dire, c'est que ce sir Olliver est un drôle de sire; qu'il cherche à ameuter l'équipage contre vous. Je l'ai surpris tout à l'heure, baragouinant je ne sais quelles promesses. Qu'est-ce qu'il promet et qu'est-ce qu'il veut acheter?

—Au fait, tu vois bien, tes craintes sont absurdes. Quel intérêt peut-il avoir à troubler la discipline? Nous ne sommes pas en guerre avec les Anglais.

—Non, puisque nous sommes leurs amis, ce qui est plus dangereux et ce qui rapporte moins. On sait à quoi s'en tenir avec un boulet de canon; cela entretient la franchise. Mais, des amis! ce sont des jaloux qui vous ont désarmés d'avance.

—Tu parles comme un philosophe, mais tu ne penses pas de même. Voilà tes rancunes qui t'emportent!

—Moi! mille millions de sabords! peut-on dire que je m'emporte! s'écria Pharamond, rouge de colère et d'indignation. Je suis calme, très-calme, et vous me mettriez hors de moi en en doutant.

—Ah ça! vas-tu finir? dit le capitaine en fronçant le sourcil.

—Oh! j'ai tout fini! Défiez-vous de l'Anglais! voilà ce que j'avais à vous dire; ce n'est pas long. Ces gens-là en veulent à la marine française. Après tout, je sais bien que c'est votre affaire de vous compromettre, de vous exposer; moi, je connais ma consigne, je vous sauverai malgré vous et malgré ce goddam!

—Je te défends de lui manquer de respect; il est mon hôte, reprit le capitaine avec fermeté.

—C'est bon, c'est bon, on ménagera le requin; mais vous vous en repentirez.