—En vérité, pensa Angèle, il est incorrigible, il tient trop à m'humilier avec mon argent.
—Vous vous rappellerez, Gérard, que je n'ai plus de consentement à vous donner; je serai votre femme quand il vous plaira de m'accorder cet honneur.
—Ah! si je pouvais hâter les événements!
—Seulement, mon ami, ajouta la fine Parisienne avec un peu d'ironie, prenez garde de devenir trop riche. Ce serait moi qui rougirais à mon tour et qui n'oserais pas me marier.
—Raillez-moi, moquez-vous de moi, Angèle; un jour, vous saurez ce que j'ai souffert et vous m'estimerez plus.
—Vous tenez trop à l'estime, mon ami, et pas assez à l'amour.
—L'un ne vit pas sans l'autre.
—Vous êtes fou, dit la baronne en haussant les épaules et avec un rire un peu forcé.
Gérard eut peur; il se demanda s'il ne lâchait pas la proie pour l'ombre; si la vanité de se présenter avec un million, qui était d'ailleurs fort hypothétique, ne le poussait pas à froisser, à blesser un cœur aimant et à ajourner une dot considérable. Le million de madame de Bligny était là; il brillait dans ses yeux, il rayonnait sur sa main. Gérard n'avait qu'à s'incliner pour le prendre; un mot, un baiser, un regard et tout était dit.
La tentation était grande; mais la fatuité et l'orgueil murmurèrent de leur côté: