Mais Gérard, pour des raisons que nous connaissons, n'avait pas le regard intelligible. Il sentait la rougeur et la pâleur se succéder sur son front, il écoutait avec des distractions perpétuelles, et répondait, au milieu d'une sorte de cliquetis intérieur qui l'assourdissait:

—Eh bien! mon ami, lui dit la baronne avec une grâce enchanteresse, il paraît que décidément nous n'aurons pas une chaumière, et que nous pouvons prétendre au palais d'une fée.

—Quoi! on vous a dit déjà?... balbutia Gérard.

—Oui, monsieur, j'ai appris par tout le monde ce que vous n'auriez pas dû me cacher; mais il paraît que monsieur hérite pour lui seul. Oh! le vilain avare!

—J'hérite! mais cela n'est pas encore sûr!

—Comment? est-ce que vous n'êtes pas investi? Est-ce qu'il y aurait des collatéraux? des cousines, peut-être, comme moi j'avais des cousins? Oh! je vous plaindrais alors!

—Non! non! je suis bien maître absolu, se hâta de reprendre Gérard, qui n'eût jamais consenti à parler de Rosenheim.

—Comme vous dites cela avec tristesse, mon ami! Il semble que ce bon vieillard qui voulait se faire bénir par nous, a, de son côté, porté bonheur à notre amour. Vos scrupules, vos fiertés n'ont plus de prétextes. Allons, riche vertueux, ayez le courage de votre fortune, et résignez-vous à m'apporter une grosse dot, si vous consentez toujours à m'épouser.

—Ah! Angèle, pourquoi raillez-vous? Je suis bien malheureux!

Et des larmes s'échappèrent des yeux de Gérard; c'était le dernier effort de sa probité qui râlait.