Dès son enfance, il n'avait de goût que pour les récits de guerres et de combats.

Quand il eut treize ans, sa mère, cédant à ses instances, l'envoya en Hollande, où était déjà son fils aîné, pour qu'il apprît le métier des armes sous Maurice de Nassau, son oncle. Turenne fit sa première campagne en 1625, comme simple soldat. Il servit cinq ans en Hollande, puis il passa au service de la France, et fut nommé colonel d'un régiment d'infanterie par le cardinal de Richelieu. Il débuta en Lorraine par des actions d'éclat. Il fit la campagne de Piémont avec gloire en 1539, et celle de Roussillon, sous les yeux de Louis XIII, en 1642.

A la mort de Louis XIII, il fut nommé maréchal de France par la régente Anne d'Autriche; en 1643, il gagna la bataille de Fribourg, de concert avec le duc d'Enghien, qui fut depuis le grand Condé, et celle de Nordlinghen. Il fit une savante campagne en 1682 en Souabe, en Franconie et en Bavière, et fut la cause du traité de Westphalie, si avantageux pour la France. Turenne prit part d'abord aux troubles de la Fronde contre la cour; mais il finit par combattre la rébellion, défendit le jeune roi (Louis XIV), et fut vainqueur du grand Condé, qui commandait les révoltés. Il le contraignit à sortir de France. Il vainquit la Fronde sur tous les points du royaume. Il se maria, en 1653, avec la fille du duc de La Force; en 1654, il vainquit les Espagnols, à qui le prince de Condé était allé se réunir, et les défit de nouveau en plusieurs rencontres. Enfin la paix de 1659 lui permit de se reposer. Depuis trente ans il faisait la guerre sans avoir séjourné trois mois dans le même lieu. Il fut fait maréchal général des armées en 1660, à l'époque du mariage de Louis XIV. Il abjura le calvinisme en 1658. Il était du conseil du roi pour toutes les questions de politique extérieure. En 1671, il fit la campagne de Hollande, puis celle de Westphalie. Il combattit le fameux comte de Montecuculli, le vainquit et se rendit maître de tout le Palatinat. Cette campagne victorieuse se prolongea jusqu'en 1674. Sa rentrée à Paris et à la cour fut un triomphe. Dans la campagne de 1675, qui fut la dernière, il eut encore à combattre le comte de Montecuculli. Il attira l'ennemi sur un terrain favorable, et déjà il s'écriait: «Je les tiens, ils ne pourront plus m'échapper!» lorsqu'un boulet, tiré au hasard, vint le frapper au milieu de l'estomac, le 27 juillet 1675. Le même coup emporta le bras du général Saint-Hilaire, qui avait conduit Turenne sur ce terrain fatal; et comme le fils de ce général versait des larmes: «Ce n'est pas moi qu'il faut pleurer, dit celui-ci en montrant le corps de Turenne, c'est ce grand homme.»

Turenne fut inhumé à Saint-Denis auprès des rois de France, et l'armée éleva un monument à sa gloire sur le lieu-même où il était tombé.

TURENNE.

Un soir, tout était en rumeur et en émoi dans le château de Sedan. La duchesse de Bouillon venait de souper avec son fils cadet, le jeune Henri de Turenne, et le chevalier de Vassignac, précepteur de l'enfant. Le duc de Bouillon, son père, prince souverain de Sedan, était resté sur les remparts de cette ville pour donner des ordres à la garnison. Au dessert, le petit Henri, qui avait à peine neuf ans, mit comme toujours la conversation sur la guerre et sur la vie des héros grecs et romains que son précepteur lui faisait lire et commenter. Il parlait avec feu de leurs exploits et de leurs aventures, et il répétait à sa mère qu'il brûlait de les imiter. Pourquoi rester inactif? Pourquoi se contenter de connaître la gloire par les récits qu'en font les historiens et les poëtes? Ne valait-il pas mieux suivre son instinct belliqueux, et léguer à son tour des exploits à l'histoire, des splendeurs à l'épopée?

Sa mère l'écoutait avec admiration, et cependant comme craintive de l'esprit aventureux de son fils. Cette causerie héroïque se prolongea fort avant dans la soirée. L'enfant accompagnait ses paroles animées de gestes et de mouvements saccadés, et parfois il contraignait son précepteur de simuler avec lui quelque attaque ou quelque défense de place forte; et lorsque le chevalier de Vassignac se fatiguait de ce jeu: «Oh! que mon père n'est-il là? s'écriait le jeune Henri; il me servirait bien de second, lui! Mais pourquoi ne revient-il pas ce soir?

--Il couchera dans la place, répondit la duchesse de Bouillon; et par cette neige froide qui tombe en couches épaisses, je crains que son inspection des remparts ne soit bien pénible.

--Je voudrais être avec lui, s'écria Henri; c'est ainsi qu'on se forme à la guerre, et non en se chauffant près d'un grand feu, comme je le fais ce soir.

--L'âge viendra, dit la mère; en attendant, Henri, allez dormir, il est temps. Monsieur de Vassignac, emmenez votre écolier; une longue nuit de sommeil lui est nécessaire, et à vous aussi, chevalier, après les exercices militaires auxquels il vous a contraint tantôt.