«Non point, madame la duchesse, s'écrièrent-ils tous. Vous n'irez pas à travers la campagne par ce froid horrible. Nous vous jurons de vous ramener notre jeune maître. Laissez-nous faire.

--Oui, laissez-nous faire, répéta le chevalier de Vassignac se piquant d'honneur. Je vais les conduire.» La duchesse de Bouillon ne céda qu'à grand'peine à ces supplications réunies; et malgré les instances de ses femmes, elle ne voulut point quitter une terrasse du haut de laquelle elle apercevait au loin les torches de ceux qui couraient à la recherche de son enfant; la troupe de serviteurs, stimulée par M. de Vassignac qui en avait pris le commandement, s'avança jusqu'aux remparts de Sedan. La neige qui recommençait à tomber fouettait les visages et avait recouvert les traces des pas du fugitif.

M. de Vassignac se fit reconnaître des sentinelles et obtint de pénétrer dans la ville; mais la porte par laquelle il y entra avec sa bande n'était pas la même qu'avait franchie Henri, de sorte que, lorsqu'il demanda au factionnaire s'il n'avait pas vu passer le fils du duc de Bouillon, celui-ci ne sut que répondre. «Allons à l'intendance militaire où couche le duc, dit Vassignac à la troupe des serviteurs; là nous retrouverons peut-être notre jeune maître, et, s'il n'est pas là, c'est son père qui nous guidera dans nos recherches.»

A l'approche de cette bande portant des flambeaux, l'hôtel de l'intendance s'émut; on crut presque à quelque attaque nocturne, et le duc de Bouillon parut en armes dans la cour extérieure. En apercevant le chevalier de Vassignac, il s'écria: «Qu'arrive-t-il donc? la duchesse, mon fils, sont-ils en danger?»

Le chevalier lui dit de quoi il s'agissait.

«Je gage que ce diable à quatre est sur les remparts, dans quelque bivouac, à se faire raconter des histoires de guerre, dit le duc qui connaissait l'âme de son fils. Venez, mes amis, nous le retrouverons.»

Et il se mit en tête, donnant le bras au précepteur. Au premier feu de bivouac qu'ils trouvèrent et autour duquel étaient rangés les soldats de garde, l'officier de service lui dit: «Nous l'avons vu, monseigneur; nous pensions qu'il vous précédait ou qu'il vous suivait; il nous a fait quelques questions sur la défense des places fortes, sur les armements et les affûts des canons, puis il nous a quittés en disant: «Je veux faire ainsi le tour des remparts.»

Le duc de Bouillon et ceux qui l'escortaient se remirent en marche. Au bivouac suivant on lui dit encore: «Le jeune vicomte de Turenne a passé il y a trois quarts d'heure; il s'est chauffé à notre feu; a goûté au vin de nos gourdes, puis il a dit: «En avant!» et s'est enfui en courant.

--Nous le rejoindrons,» s'écria le père rassuré, et il continua à faire le tour des remparts.

Au troisième bivouac on lui dit: «Il n'y a pas un quart d'heure qu'il a passé; notre vieux sergent nous racontait des combats sanglants du temps de la Ligue, et le jeune vicomte, votre fils, monseigneur, votre digne fils écoutait béant et s'est écrié au récit d'une tuerie: «J'aurais voulu être là!»