—Comment te remercier et te bénir?

—En guérissant, me répondit-elle avec un bon sourire.

Puis me faisant signe de reposer, elle se plaça auprès d'une lampe voilée par un abat-jour vert et ouvrit un livre. Je fermais à demi les yeux, mais je ne perdais pas un de ses mouvements. Ses doigts ne tournaient pas les feuillets et je compris qu'elle ne lisait point; à quoi rêvait-elle? Ma faiblesse était encore trop grande pour me permettre aucun effort de parole ou de gestes, mais mes sensations s'éveillaient et mes idées commençaient à s'enchaîner.

Elle restait toujours pensive tenant son livre ouvert. Tout à coup elle tressaillit et se leva; elle s'approcha d'abord de mon lit, mais comme j'étais immobile et les yeux fermés elle s'imagina que je dormais. Ma respiration pénible et encore sifflante dans ma poitrine ajoutait à cette apparence de sommeil. J'entendis marcher dans le couloir; elle alla vers la porte, l'ouvrit et introduisit le docteur.

—Parlons bas, dit-elle, il dort.

—C'est d'un bon augure répondit le docteur, il est sauvé.

Ils s'assirent alors tous les deux auprès de la table où était la lampe et ils se mirent à regarder des livres d'estampes; ils en prirent un plus grand que les autres qu'ils feuilletèrent ensemble: quand leurs doigts s'allongeaient sous la page, je m'imaginais qu'ils se touchaient et parfois je croyais voir une pression fugitive. Comme ils ne prenaient pas garde à moi je tenais les yeux grands ouverts et je les dévorais tous deux de mon attention.

Antonia me tournait le dos; je ne l'apercevais qu'en profil; mais j'avais en face le beau visage de Tiberio sur lequel semblait se jouer comme une flamme intérieure; un moment il arrêta sur elle ses yeux brillants et pleins de tendresse.

Carissima, lui dit-il bien bas, il faut absolument vous ménager, puisqu'il dort avec tant de calme, venez dormir aussi.

On connaît la pénétration de l'ouïe des malades, je ne perdais pas un seul de leur murmure.