En me tenant ce mystique langage, elle rentrait dans la maison; je la suivais plein de colère et d'hésitation; d'accusateur, j'étais devenu accusé.
Cependant, à peine dans ma chambre, j'avais allumé une bougie et je lus le fragment de lettre que je serrais dans ma main.
Elle s'était assise en face de moi et croisait les bras dans l'attitude du calme et du dédain.
Je parvins à déchiffrer ce qui suit: «Ne m'attends pas ce soir, mon cher Tiberio, ce méchant fou m'empêche de sortir, mais demain je te rejoindrai au...» Le reste des mots était lacéré ou manquait.
—Mais convenez donc, m'écriai-je que vous appartenez à cet homme, ce tutoiement le prouve assez.
—Belle preuve, vraiment! fit-elle avec ironie, vous oubliez mes habitudes de camaraderie; est-ce qu'à Paris je ne tutoyais pas tous mes amis devant vous? Et d'ailleurs, qui me forcerait à mentir? ne suis-je pas libre de mes actions et dégagée envers vous? Irritée hier soir par vos tyrannies, j'ai écrit cette lettre au seul être qui m'aime dans cette ville étrangère. Voilà mon crime.
—Mais tu es à lui, m'écriais-je, je le sais, j'en suis sûr, un soir j'ai vu ses lèvres sur les tiennes.
—Je vous ai dit que je l'aimais, répliqua-t-elle; mais par pitié pour vous, j'ai lutté, j'ai résisté...
—Je ne veux pas de ta pitié, répondis-je; dès aujourd'hui je pars et te laisse à ton nouvel amour.
Il me semblait en prononçant ces mots que les murs de ma chambre vacillaient autour de moi; je m'affaissai sur mon fauteuil et mes larmes coulèrent silencieusement sur mes joues, comme si elles avaient été le sang de la blessure qu'elle me faisait.