Et prenant un verre à semis d'étoiles d'or, dont je me servais habituellement, je le lui tendis plein d'eau et de sucre.

Il se mit à rire comme un enfant.

—Eh! quoi! marquise, pensez-vous me rendre des forces avec ce fade breuvage?

—Voulez-vous, lui dis-je, y mettre un peu de fleurs d'oranger?

—De mieux en mieux, dit-il en riant plus fort.

—Oh! j'y pense, repris-je, j'ai d'excellent chocolat d'Espagne, il sera bientôt fait; permettez-moi de vous en offrir. Je n'ose vous proposer du thé ou du café, c'est trop irritant.

—Ne cherchez pas tant, marquise, et faites-moi apporter simplement un verre de vin généreux.

Née et élevée dans le Midi, je n'avais jamais, comme presque toutes les femmes des pays chauds, approché une goutte de vin de mes lèvres. J'avais mis mon fils au même régime, et, depuis ma ruine, je n'avais plus de cave.

Je dis tout cela à Albert, ajoutant que ma servante seule buvait du vin dans la maison.

—Eh bien! reprit-il gaiement, j'accepte ce vin de cuisine, et, croyez-moi, marquise, faites-en boire aussi à votre fils si vous ne voulez pas qu'il devienne lymphatique et mièvre.