1880
Droits de reproduction et de traduction réservés.

TABLE DES MATIÈRES

CHAPITRE [I]
CHAPITRE [II]
CHAPITRE [III]
CHAPITRE [IV]
CHAPITRE [V]
CHAPITRE [VI]
CHAPITRE [VII]
CHAPITRE [VIII]
CHAPITRE [IX]
CHAPITRE [X]
CHAPITRE [XI]
CHAPITRE [XII]
CHAPITRE [XIII]
CHAPITRE [XIV]
CHAPITRE [XV]
CHAPITRE [XVI]
CHAPITRE [XVII]
CHAPITRE [XVIII]
CHAPITRE [XIX]
CHAPITRE [XX]
CHAPITRE [XXI]
CHAPITRE [XXII]
CHAPITRE [XXIII]
CHAPITRE [XXIV]
CHAPITRE [XXV]
CHAPITRE [XXVI]
CHAPITRE [XXVII]
CHAPITRE [XXVIII]


LUI

[I]

—Vous qui écrivez, me disait un soir la marquise Stéphanie de Rostan, un de ces rares et nets esprits du dix-huitième siècle qui semble avoir sauté à pieds joints sur les années écoulées jusqu'à notre époque indécise où les intelligences cherchent leur route, les consciences leur morale, et les écrivains leur style; vous qui écrivez, gardez-vous du pathos en amour et ne dissertez pas de ce sentiment naturel et simple, de cet attrait puissant et bien caractérisé qui attire et confond les êtres, avec le langage de la métaphysique et du mysticisme. Si les héroïnes des romans modernes sont si ennuyeuses et à mon avis si immorales, c'est qu'à propos d'amour elles parlent de Dieu ou de maternité, et obscurcissent par des idées tout à fait à part cette belle flamme de la jeunesse qui ne réchauffe plus aucun cœur et ne colore plus aucun récit. Depuis la Julie de Rousseau et l'Elvire de Lamartine, toutes les femmes ont plus ou moins prêché à propos d'amour tantôt la philosophie, tantôt la religion, tantôt le socialisme; si bien que l'amour s'est trouvé étouffé par ces aspirations sublimes ou prétentieuses qui ne sont guère de sa compétence qu'accidentellement.

—Pour que je vous comprenne mieux, répondis-je, faites-moi donc, marquise, une définition de ce que vous entendez par l'amour.