Règle nécessaire.--Il faut placer son modèle assis, plus haut que soi; que les femmes le soient commodément; qu'elles aient de quoi s'appuyer, et un tabouret sous les pieds.
Il faut, le plus possible, s'éloigner de son modèle, c'est le vrai moyen de bien saisir le juste ensemble des traits et l'aplomb des signes, tant pour la tournure du corps que pour ses habitudes qu'il est nécessaire d'observer, même pour la ressemblance totale; ne reconnaît-on pas les personnes par derrière, même sans apercevoir leur visage?
Pour faire le portrait d'un homme (surtout s'il est jeune), il faut le faire tenir un instant debout avant de commencer, pour tracer les signes généraux et extérieurs plus justes. Si on traçait le personnage assis, le corps n'aurait pas d'élégance, et la tête paraîtrait trop rapprochée des épaules. Pour les hommes surtout cette observation est nécessaire, les voyant plus souvent debout qu'assis.
Il faut ne pas placer la tête trop haute dans la toile, cela grandit trop le modèle, et trop bas cela le rapetisse: on doit placer la figure de manière qu'il y ait plus d'espace du côté où est tourné le corps.
Il faut avoir derrière soi une glace, placée de manière à apercevoir son modèle et son portrait, pour pouvoir le consulter très souvent, c'est le meilleur guide, il explique nettement les défauts.
Avant de commencer causez avec votre modèle; essayez plusieurs attitudes, et choisissez non-seulement la plus agréable, mais celle qui convient à son âge et à son caractère; ce qui peut ajouter à la ressemblance, de même pour sa tête: placez la de face ou de trois-quarts, cela ajoute plus ou moins à la vérité des traits, surtout pour le public; le miroir peut aussi décider à ce sujet.
Il faut tâcher de faire la tête (le masque surtout) dans trois ou quatre séances d'une heure et demie chaque, deux au plus; car le modèle s'ennuie, s'impatiente (ce qu'il faut éviter), son visage change visiblement, c'est pourquoi il faut le faire reposer, et le distraire le plus possible. Tout cela est d'expérience avec les femmes; il faut les flatter, leur dire qu'elles sont belles, qu'elles ont le teint frais, etc., etc. Cela les met en belle humeur, et les fait tenir avec plus de plaisir. Le contraire les changerait visiblement. Il faut aussi leur dire qu'elles posent à merveille; elles se trouvent engagées par là à se bien tenir. Il faut bien leur recommander de ne point amener de sociétés. Toutes veulent donner leur avis, et font tout gâter. Quant aux artistes et aux gens de goût, on peut les consulter. Ne vous rebutez pas si quelques personnes ne trouvent aucune ressemblance à vos portraits; il y a tant de gens qui ne savent point voir.
Tant que vous travaillez à la tête d'une femme, si elle est vêtue de blanc, mettez sur elle une draperie de couleur absente (gris ou verdâtre), afin de ne pas distraire les rayons visuels, et qu'ils puissent se reposer seulement sur la tête du modèle; si cependant vous la peignez en blanc, laissez-en un peu pour la tête, qui doit en être reflétée.
Que le fond derrière le modèle soit en général d'un ton doux et uni, ni trop clair, ni trop foncé; si c'est un fond de ciel, c'est autre chose; mettez du bleuâtre derrière la tête.
Pour peindre la tête au pastel ou à l'huile, il faut établir les masses de vigueur, les demi-teintes, ensuite les clairs. Il faut empâter les lumières, et les rendre toujours dorées; entre les lumières et les demi-teintes; il y a un ton mixte qu'il ne faut pas omettre, il participe du violâtre, du verdâtre, du bleuâtre. Voyez Van Dyck. Les demi-teintes doivent être de ton rompu, et moins empâtées que les lumières; que sa lumière indique fortement ses os et ses parties musculeuses qui cèdent aux premières.