Puis il ajouta plus bas, et tandis que Sarah se levait pour aller chercher, à l'extrémité du salon, un travail qu'elle voulait continuer:

- J'ai souvent pensé qu'il eût mieux fait de ne pas partir.
Peut-être Anne n'eût-elle pas alors consenti à épouser M.
Tissier?

Mme Martelac secoua la tête.

- Peut-être. Il y avait certainement, entre elle et lui, un commencement de sympathie qui eût pu triompher de la vanité de ta cousine. Mais, à ce moment-là, le devoir de M. Hilleret vis-à-vis de toi était de partir. Il savait ta passion pour Anne et ton espoir de l'épouser. S'il eût eu la faiblesse de rester près d'elle, tu n'eusses pu t'empêcher de le blâmer…

- Et de lui garder malgré moi un peu de rancune, hélas! La nature humaine est bien mesquine, malheureusement!

- Pas toujours, reprit vivement la mère; et tu aurais su, je n'en doute pas, te montrer généreux comme Jacques lui-même a su le faire; car il a agi noblement.

- C'est vrai, répondit le jeune docteur, et je l'en estime et l'en aime davantage. Mais, aujourd'hui, je juge différemment la chose, et je comprends qu'il convenait mieux que moi au bonheur d'Anne.

Mme Martelac regardait son fils. Sur son large front, il y avait certainement un peu de mélancolie, mais non plus ce chagrin profond qu'elle y avait vu quelques années auparavant, lorsqu'il avait dû renoncer à épouser sa cousine. Elle avait craint de plus longs regrets et se félicita de le voir en voie de guérison.

- Pourquoi ne te marierais-tu pas à ton tour? lui dit-elle doucement.

Il tressaillit, comme si une telle pensée lui était douloureuse.