- Une garde? Non, merci, je n'ai plus besoin de personne.

Et comme s'il eût craint en rejetant cette offre de blesser celui qui la lui faisait, il ajouta avec une expression d'excuse:

- Je suis habitué à ma solitude et je l'aime. J'ai appris à supporter même ces longues heures de la nuit où, bercé entre la veille et le sommeil que je n'atteins jamais, je parviens parfois à oublier le présent qu'aucun mouvement humain ne me rappelle. Dans la journée, une voisine s'est chargée des soins nécessaires et vient de temps en temps me donner ce qu'il me faut.

- Avez-vous quelque membre de votre famille que l'on peut prévenir de votre état?

Le malade répondit en rougissant:

- Aucun: je n'ai ni famille ni amis.

Il y avait une si douloureuse amertume dans la façon dont furent prononcées ces paroles que Robert lui tendit spontanément la main en disant:

- Croyez-le, il n'y a aucune curiosité de ma part à insister ainsi. L'isolement est difficile à supporter quand on souffre, c'est pourquoi je voudrais qu'il fût en mon pouvoir de vous l'épargner.

- Je ne doute nullement du motif de vos questions et je vous en suis reconnaissant, docteur; mais vous ne pouvez rien contre le mur infranchissable qui me sépare de mes semblables!

- En êtes-vous sûr?