Sarah se relève vivement et vient vers la fenêtre en disant:

- Oh! je suis curieuse de la voir.

Elle se penche au-dessus de la rue et ses regards suivent avec une expression singulière une grande jeune fille blonde, dont le profil se reflète dans les devantures des magasins le long desquels elle passe avec toute l'élégante vivacité d'une démarche essentiellement parisienne. Elle est suivie à une petite distance par une femme de chambre, et Sarah ne la quitte des yeux qu'au moment où, tournant l'angle de la rue, elle disparaît.

- Elle est belle femme, n'est-ce pas? dit Mme Martelac.

- Oui, répond Sarah en rougissant.

Un regard jeté vers une glace placée sur le côté lui a montré sa petite taille, bien que parfaitement proportionnée. Est-ce la comparaison involontaire qu'elle a faite d'elle-même avec la jeune fille de la rue que la petite-fille de Nicolas doit le vif incarnat répandu sur ses joues?

- Elle ne paraît pas jolie, reprend-elle timidement.

- Non, mais la beauté est peu de chose, répond vivement Mme Martelac, en jetant un regard vers son fils, comme pour s'assurer qu'il n'a pas entendu.

- C'est vrai, dit Sarah.

- Elle est agréable, sinon belle.