- Je vous apporte des fleurs cultivées par moi, voyez comme elles sont belles!

- Superbes! dit la jeune femme en l'embrassant. Vous entourez de tant de soins ceux que vous aimez!

- Et j'aime particulièrement les fleurs. Seulement comme elles viennent dans mon coeur après mes amis, je cultive les premières afin de les leur offrir.

- Ma tante et Robert les aiment aussi.

- Oui, beaucoup. Quand le docteur est ici, il fait remplir le jardin de fleurs nouvelles. Nous sommes obligées de lui disputer nos pauvres vieilles fleurs d'autrefois dont nous prenons la défense, car il prétend les faire remplacer par des espèces rares. Les rosiers seuls obtiennent grâce devant lui et il a fait planter une haie de rosiers de Bengale qui, dans leur floraison, sont du plus charmant effet.

- Ceci est en votre honneur, dit Anne. Si vous vous en souvenez, Jacques vous avait autrefois surnommée: Rose de Bengale, et c'est sûrement à cause de vous que Robert soigne ainsi vos soeurs.

- Vous croyez? demanda Sarah en rougissant. Il ne m'a jamais appelée ainsi et il doit avoir oublié la fantaisie de M. Hilleret.

Anne secoua la tête en riant, mais n'insista pas.

- A propos, dit Jacques brusquement, nous allons, je crois, marier notre cher docteur.

Une longue branche de sauge, que Sarah avait gardée à la main, lui échappa, et lorsque, s'étant penchée pour la ramasser, la jeune fille se redressa, la fleur, rapprochée dans ce mouvement de son visage, y fit l'effet d'une traînée de sang sur un lys, tant il avait subitement perdu ses couleurs.