- J'avais cru le deviner, mais je n'osais le croire, reprend la vieille dame. Est-ce vrai? Dites-moi la vérité?

- Il me trouverait trop enfant pour lui! murmure Sarah. Il est si sérieux! Il ne m'aimera jamais!

A cet instant, la porte s'ouvre, et la haute silhouette du docteur se dégage de la demi-obscurité répandue dans l'appartement. Catherine, ayant guetté son arrivée, lui a ouvert avant qu'il n'eût sonné, et les deux femmes ne l'ont pas entendu entrer. Etonné, il demeure sur le seuil, et, quand Mme Martelac, levant les yeux, l'aperçoit, elle lui tend la main en disant:

- C'est Dieu qui t'envoie! Viens consoler notre chère enfant. Elle affirme que celui qu'elle aime assez pour devenir sa femme fidèle et dévouée ne l'aime pas et la trouve trop enfant pour la prendre pour compagne. Rassure-la, je t'en prie. Toi seul peux le faire.

Sarah s'était vivement relevée en entendant la porte s'ouvrir, et, d'un mouvement instinctif, elle avait tourné le dos à la fenêtre, afin de cacher ses larmes et l'émotion encore visible sur ses traits.

Le docteur murmura quelques mots inintelligibles, et, ses yeux graves fixés, à travers cette lueur adoucie, sur sa mère et sur Sarah, il demeura comme fasciné.

Que se passait-il dans ce coeur d'ordinaire si fort et pourtant si faible en ce moment?

Peut-être allait-il reculer en face du bonheur, lorsque sa mère, qui s'était levée aussi, prit la main de la jeune fille, et, marchant à lui, dit à Sarah:

- Votre jeunesse l'effraie. Il craint que la reconnaissance seule vous fasse agir. C'est donc à vous, mon enfant, de faire les premiers pas.

A cet instant, le visage de Sarah se transfigura; devant cette assurance donnée par Mme Martelac, ses doutes tombèrent. Elle prit, enserrée dans ses deux petites mains, la main loyale de Robert, et dit à voix basse: