- Il est sorti. Habituellement, il ne sort jamais sans fermer à clé la porte de la rue. Elle ne l'était donc pas?

- Non, nous avons frappé longtemps et appelé quelqu'un. Personne ne nous ayant répondu, nous nous sommes décidés à ouvrir et votre rire de toute à l'heure nous a amenés vers vous.

- Comme vous êtes belle! dit Jacques en montrant du doigt le collier de l'enfant. Vous êtes couverte de bijoux comme les fées des contes enfantins.

La comparaison, en ce moment, semblait juste. Debout, car elle avait enfin quitté l'abri des coussins pour répondre à Robert, elle retenait autour d'elle l'étoffe aux vives couleurs avec sa main chargée de bracelets trop grands pour son poignet délicat. Sa chevelure, à travers laquelle glissaient les épingles de corail qui l'avaient retenue, tombait sur ses épaules et elle regardait, de ses grands yeux sauvages et encore effrayés, les deux jeunes gens étonnés. A la remarque de Jacques, elle tourna les yeux vers la glace et dit:

- Mon grand-père a tant de choses comme celles-là!

- Il est donc riche?

- Oui, je pense. Il doit l'être, il aime beaucoup l'argent et en amasse le plus possible.

Puis, oubliant un instant sa timidité pour raconter le secret surpris:

- Tenez, là, ajouta-t-elle en montrant la direction dans laquelle se trouvait le cabinet de Nicolas, il a beaucoup d'or. Il ne croit pas que je le sais, car il se plaint toujours devant moi et ne cesse de m'engager à économiser sur notre nourriture. Un soir qu'il me croyait endormie, je suis venue doucement pour savoir ce qu'il faisait; j'ai vu la lueur de sa lampe à travers la porte entrebâillée et je me suis avancée. Assis devant un grand coffre où il y avait des billets et des pièces d'or, il mettait les pièces en piles, les comptait et les remettait dans la caisse.

- Rit-il souvent? demanda Robert, frappé de l'expression sérieuse de cette figure enfantine.