Celui à qui il s'adressait était petit et mince. Son képi enfoncé sur ses yeux et les ténèbres de la rue, fort mal éclairée par de rares becs de gaz dont la lumière était énergiquement secouée par le vent, ne permettaient guère de distinguer ses traits. Il parut ne pas entendre cette parole, demeurant immobile devant Robert comme s'il eût cherché à le reconnaître.
- Que demandez-vous? reprit ce dernier, non sans une certaine impatience.
L'officier continua à le regarder en murmurant.
- C'est sa voix, sûrement!
- Enfin, parlez! s'écria le docteur ou laissez le passage libre. Si votre costume, sur lequel je distingue il me semble les galons d'un grade, ne me rassurait, cette singulière insistance me ferait croire à une attaque nocturne. Toutefois, si vous vous êtes posté là pour demander la bourse ou la vie, vous vous adressez mal. Ma bourse, assez légère en ce moment, ne peut tenter personne; de plus, je compte la garder pour mon usage personnel. Quant à ma vie, j'y tiens plus encore qu'à ma monnaie et je suis prêt à la défendre bravement.
Le premier mouvement d'irritation éprouvé par Robert était passé, et ce petit discours, prononcé d'un ton railleur, prouvait combien le jeune homme prenait peu au sérieux cette attaque nocturne et ses propres paroles.
A vrai dire, les silhouettes des deux interlocuteurs (si toutefois on peut donner ce nom au silencieux personnage qui n'avait encore rien fait pour le justifier) eussent facilement fait comprendre l'inutilité de la lutte, s'il eût dû y en avoir une. Autant le docteur était grand et fort, autant celui auquel il parlait était grêle et délicat.
- Je n'en veux ni à l'un ni à l'autre, dit enfin ce dernier, mais je vous prierai, s'il n'y a aucune indiscrétion à vous adresser pareille demande, de venir avec moi sous ce réverbère.
- Pourquoi?
- Pour que je puisse vous voir.