Nicolas se tenait à l'entrée, comme pour empêcher le docteur d'avancer, au cas où les honoraires lui eussent paru trop exorbitants.

- Ce sera cinq francs.

Le vieillard ouvrit les yeux autant qu'il pouvait le faire, et leva les mains avec une exclamation de terreur:

- Cinq francs! Dieu puissant! Me prenez-vous pour un
Rotschild?

- Je demanderais sûrement beaucoup plus si j'avais l'honneur de soigner ces riches personnages, dit le docteur, amusé de l'effroi peint sur les traits de son interlocuteur.

- A la bonne heure! Ceux-là, oui, vous pourriez les faire payer cher. Mais moi! moi! Un pauvre homme! disait l'avare en gémissant. Vous vous moquez!

Le jeune homme regarda autour de lui.

- Si j'en juge par ce que je vois ici, je ne saurais me décider à vous plaindre et à vous regarder comme un pauvre homme! En vérité, votre magasin est fort bien monté!

- Ah! Monsieur! Monsieur, il ne faut pas vous fier aux apparences, je suis obligé d'avoir beaucoup de marchandises afin d'en vendre un peu. Les clients sont si difficiles, ils exigent tant de choix! Mas c'est lourd pour moi, allez! Car je suis pauvre, je vous assure, répondit Nicolas d'un ton lamentable. Cinq francs!

Il remit sur sa tête, d'un air désespéré, le vieux bonnet d'étoffe jadis noire qu'il avait ôté pour saluer le docteur.