Non certes, elle ne l'est pas. Cette enfant de vingt ans le crie bien haut, elle calcule! Son coeur n'existe pas. Ne l'ayant jamais senti battre, elle le nie, et dans son erreur orgueilleuse, elle se donne tout entière à l'or et à la vanité. Est-elle franche en parlant ainsi? Aveuglée sur ce qui se passe au fond de son âme, ne force-t-elle point elle-même le côté mauvais de sa nature? Peut-être. Tant de femmes valent mieux que leurs paroles! Et s'il était possible parfois d'ouvrir leur âme et de les forcer à y regarder, ne comprendraient-elles pas qu'elles se font un stupide plaisir d'étouffer leurs aspirations élevées pour complaire au monde et s'abaisser à son niveau?
- Je ne puis me passer de fortune, bien que je doive en avoir peu moi-même, reprend la jeune fille. Mon père ne m'a jamais rien refusé et je n'entends pas me marier pour être en proie à ces affreux tiraillements d'argent que je vois dans certains ménages. Je serais malheureuse si je ne me sentais entourée du confortable le plus élégant, et si Robert ne m'apporte pas la fortune, je ne puis songer à lui faire subir le contre-coup de mon malheur.
- Il méritait un amour plus désintéressé.
- Je n'en disconviens pas.
- C'est un homme remarquable.
- Trop peut-être! dit Anne en tournant un instant la tête du côté de la rue.
Mais ce mouvement, s'il est destiné à cacher sa pensée, est inutile; le crépuscule ne permet pas de lire sur ses traits l'explication ce cette parole.
- Il arrivera un jour à cette position exceptionnelle que vous désirez, reprend Jacques.
- Quand?
- Il est déjà sur le chemin de la célébrité.