—Pas encore; mais il faudra nous y résoudre; tu n'es pas riche et tu dois apprendre à travailler.

—Je veux bien travailler; ce que je ne veux pas, c'est te quitter. Tu es riche, toi!

—Hélas! non, cher petit, murmura Mademoiselle, dont les larmes recommencèrent à couler.

—Et c'est pour cela que tu pleures? Ris donc, va! lorsque je serai grand, je saurai bien gagner de l'argent pour toi et pour Catherine.»

Et, prenant la main de Mademoiselle entre les siennes, l'enfant se rendormit.

Catherine, sans connaître le docteur Pangloss, était presque de son avis. Que lui manquait-il? la maison était assez vaste pour occuper son activité, et, après Mademoiselle, Gaston ne chérissait personne autant que la vieille servante. L'été, elle conduisait son favori chez Françoise, à Maulette, où Petit-Pierre, gars de la plus belle venue, s'évertuait à compléter l'éducation de son frère de lait. Il l'entraînait au grenier, parmi les bottes de foin; à l'étable, où Jeannette, tout en ruminant, contemplait d'un air pensif les deux amis. Puis on visitait le poulailler pour chercher des œufs, et enfin on revenait dans l'enclos pour grimper aux arbres. Le docteur approuvait ces exercices hygiéniques. Parfois, les jours de vacances, il prenait son filleul en croupe et lui exposait, entre deux visites, quelques-unes de ses théories sur les sociétés de l'avenir.

«Il y a donc des gens méchants? demanda un jour Gaston.

—Non, répondit le docteur, il n'y a que des ignorants qu'il faut plaindre; le mal, sur la terre, vient de l'ignorance.

—Catherine ne sait pas lire, mon parrain, et tout le monde la trouve bonne.»

Le docteur sourit et pinça le bout de l'oreille de l'enfant.