Bouchot allait peut-être répondre une impertinence, mais la marquise avait passé. Il regarda la porte d'un air piteux.
«Ne devinons pas, dit-il, ce serait trop bête. Bah! un moment de mauvaise humeur qu'elle saura réparer, je l'espère pour elle. Mon pauvre Gaston!… C'est égal, ce René de Champlâtreux me donne sur les nerfs; est-ce assez ridicule d'être beau comme ça! S'il avait un peu d'esprit, il se débarbouillerait avec du vitriol pour se rendre laid comme tout le monde. Ouais, l'isolement me fait tourner à l'aigre; allons prendre un verre de punch.»
À peine l'artiste fut-il sorti de l'encoignure ou il se trouvait en quelque sorte caché, que cinq ou six jeunes gens l'entraînèrent, à tour de rôle, pour le présenter à autant de jolies femmes avides de connaître celui qui les peignait si bien. L'attention dont il devint l'objet et les compliments qu'il recueillit de plus d'une bouche gracieuse dissipèrent un peu l'ombre jetée dans l'esprit de Bouchot par la maîtresse de la maison. Il se retirait pour faire place aux danseurs, lorsqu'un petit homme aux jambes courtes, au ventre proéminent, aux favoris teints, sanglé dans un corset, lui prit familièrement le bras.
«Bonsoir, cher, dit-il; vous allez bien?
—Comment, baron, vous, dans le vrai monde, à cette heure indue? Est-ce que vous faites les grandes dames maintenant!
—Chut, la baronne est là, et l'on pourrait vous entendre.
—Vous croyez donc avoir encore quelque chose à perdre? Je puis vous rassurer, mon cher Faruc, votre réputation n'a plus rien à redouter de la calomnie.
—Encore votre plaisanterie! Quel plaisir trouvez-vous donc à me donner ce nom arabe, quand vous savez que je me nomme Beauchesne?
—C'est que nous avons tous besoin d'être rebaptisés et qu'à l'occasion je m'en charge pour mes amis, répondit Bouchot. Tenez, voyez M. de Champlâtreux, il se nomme René. Vous figurez-vous, dans vingt ans, lorsque ce beau jeune homme sera fardé, teint, plâtré, comme vous…
—Vous êtes insupportable; on pourrait vous entendre, mon cher.