—Je veux me présenter dans l'arène armé de pied en cap, sûr de pouvoir parer les coups et de vaincre, répondit Gaston.

—Prends garde de rendre ton armure trop lourde, par ce temps de fusils rayés. N'as-tu donc plus la même confiance dans tes idées?

—Si, certes.

—A l'œuvre, alors; la diplomatie, ce vieux reste des temps barbares, radote, il faut la rajeunir. À bas les révolutions qui ruinent l'industrie et les arts; mais vive la liberté qui les fait vivre!»

Au fond, Gaston comprenait combien les conseils de son ami étaient sages, et son ambition s'éveillait au bruit des applaudissements qui acclamaient le nom de Bouchot. Mais il hésitait à se séparer de nouveau de ses chers amis, de Mademoiselle surtout. D'ailleurs, il se trouvait heureux au milieu de ses livres, dans son indépendance, dans son obscurité, et l'on s'arrache difficilement au bonheur.

Au commencement de l'été de 1862, une famille parisienne s'installa au château de la Mésangerie, dont elle venait de faire l'acquisition. On parla bientôt dans le pays de la richesse du nouveau propriétaire, nommé M. Pellegrin, et de la beauté merveilleuse de sa fille Hélène. Tous deux portaient le grand deuil, la mère de la jeune fille étant morte quelques mois auparavant. Ce fut Aimée qui, la première, à l'heure du déjeuner, entretint Gaston de la jolie Parisienne qu'elle venait de voir à la messe, suivie de deux grands laquais en livrée.

«Elle est donc plus belle que vous? demanda Gaston, en riant de l'enthousiasme de sa petite amie pour la figure et la mise de la jeune châtelaine.

—Je crois bien! D'abord elle est plus grande.

—Plus grande, c'est possible, interrompit Catherine, qui fit un geste de dédain; plus belle, pour ça non. Premièrement, pas l'ombre d'une couleur sur les joues, puis des yeux trop grands et une bouche trop petite.

«Mais ce ne sont pas des défauts cela,» dit à son tour Mademoiselle.