Maintenant, les sens apaisés, revenu à la raison, il découvrait avec terreur que son amour s'affaiblissait. Dans celle qui devait être à jamais sa confidente, un autre lui-même, la compagne de sa vie, il ne voyait plus qu'une belle statue que rien ne pourrait animer, puisque sa passion fougueuse y avait échoué.

Un jour, il se fit annoncer chez sa femme; Hélène, prête à sortir, mettait ses gants devant un miroir; elle était ravissante sous la fraîche toilette qu'elle semblait étrenner.

«Ne pouvez-vous m'écouter un instant? lui demanda Gaston d'un ton ému.

—Oui, certes, répondit-elle en approchant son front des lèvres de son mari, formalité qu'elle ne manquait jamais d'accomplir.

—Hélène! dit-il en l'entourant de ses bras.

—Êtes-vous fou?» s'écria la jeune femme, qui se dégagea avec vivacité pour rajuster les plis de sa robe.

Son air indigné fit sourire Gaston; puis il secoua la tête avec tristesse.

«Parlez vite, dit-elle, je me rends au bois; si ce que vous avez à me dire est long, accompagnez-moi.

—Pour voir cinquante jeunes fats papillonner autour de votre voiture; non, ils me rendent jaloux.

—Vous avez bien tort. Est-ce là tout ce que vous vouliez me dire?