«Vous arrivez comme marée en carême, cher monsieur, dit Bouchot du ton narquois qui lui était habituel, Mme de la Taillade m'accusait de mensonge et de lâcheté à propos de certains faits dont mieux que personne vous pouvez lui affirmer la véracité.

—Monsieur, s'écria la marquise, oserez-vous…

—Oh! madame, soyez sans crainte, votre présence rend tout scandale impossible.»

Le comte ajustait son lorgnon; Bouchot le salua.

«Moi, dit-il, Bouchot des Étrivières, le bien nommé, je racontais à Mme de La Taillade que M. René de Champlâtreux, célèbre sur le turf par ses bonnes fortunes, a causé la mort de Mme de Silva en se vantant d'être son amant, ce qui était faux…

—Monsieur!

—Attendez, reprit l'artiste d'une voix impérieuse; j'ajoutais encore que M. le vicomte de Champlâtreux a volé la fortune et le titre de son grand-père paternel, qui serait mort de faim par dignité à l'heure présente, sans le pauvre apprenti qu'il a sorti d'une échoppe pour en faire le sieur des Étrivières, toujours le bien nommé. Je concluais… mais à quoi bon aller plus loin? Vous m'avez accusé de calomnie et de lâcheté, madame, je viens de répéter mes accusations en face du coupable, regardez-moi, et voyez ce gentilhomme blême que je mets au défi de me démentir, et jugez vous-même où est l'homme d'honneur.

—Madame avait raison; monsieur, vous êtes un lâche.

—Vous n'en savez rien encore, reprit Bouchot; mais vous le saurez demain, car je veux bien me mettre à vos ordres.»

L'artiste s'inclina devant la marquise, qui semblait prête à défaillir.