Le vieillard l'enveloppa d'un regard de mépris.

«Oui, répondit-il en levant le bras comme pour maudire, oui, vous avez fait loyalement; mais Dieu n'a pas été juste, aujourd'hui.»

Et le comte, sans daigner saluer son petit-fils, s'installa près de
Bouchot.

Ce fut pas à pas, afin d'éviter de trop rudes secousses au blessé, que les chevaux reprirent la route de Paris. Mme Hubert faillit se trouver mal lorsqu'elle vit deux domestiques transporter son jeune maître, qu'elle avait vu partir plein de vie, pâle, sanglant, évanoui. On étendit l'artiste sur son lit, et le chirurgien put enfin sonder la blessure afin de se rendre compte de sa gravité. M. de Champlâtreux ne lâcha pas la main de Bouchot qui poussa plusieurs gémissements durant l'opération.

«Le sauverez-vous? demanda le vieillard avec angoisse.

—Je ne puis rien affirmer, monsieur; je reviendrai ce soir avec un de mes confrères.»

M. de Champlâtreux s'installa au chevet du blessé qui, les yeux fermés, paraissait dormir. Vers cinq heures, les chirurgiens jugèrent une nouvelle saignée nécessaire. En ce moment, Gaston se présenta. A la vue de son ami avec lequel il venait causer, étendu presque sans vie, il demeura comme foudroyé, saisit le bras du comte, tandis que son regard anxieux l'interrogeait.

«Il s'est battu,» murmura le vieillard.

Gaston ne put répondre; fou de douleur, il se jeta sur le lit du blessé, sans réussir à prononcer autre chose que son nom, qu'il répétait avec une intonation déchirante.

L'artiste, comme éveillé par les sons de cette voix, ouvrit les yeux avec effort, regarda devant lui, aperçut son ami et parut le reconnaître.