LA PETITE MAISON DE HOUDAN.
La seconde quinzaine de mars 1865, comme pour compenser l'hiver rigoureux qu'on venait de traverser, se montra presque printanière. Les arbres, bien qu'encore nus, commençaient à perdre l'aspect désolé qu'ils prennent après la chute des feuilles, alors que novembre les enveloppe de son brouillard glacé. On sentait la vie, si longtemps suspendue, ranimer les noires écorces, et la sève, attirée par les tièdes rayons du soleil, gonflait peu à peu les bourgeons. Un dimanche, vers midi, au fond du jardin de la petite maison de Houdan, Catherine et Aimée disposaient deux fauteuils près d'une muraille que les feuilles d'un pêcher tapissaient en été. Une bande de passereaux gazouillaient sur un vieux pommier, tandis qu'un chat, tapi sous une touffe de buis, suivait leurs évolutions et dilatait avec convoitise ses prunelles d'or.
Soudain Mademoiselle apparut sur le perron; elle était un peu courbée, mais ses beaux yeux noirs éclairaient toujours son visage.
«Tout est-il prêt, Aimée? demanda-t-elle.
—Oui, bonne amie, et grâce à ce ciel sans nuage, l'air est presque chaud.»
En ce moment, le docteur franchit la porte à son tour; il donnait le bras à Bouchot.
«Doucement, mon parrain, dit l'artiste, dont un sourire anima les traits pâles, vous descendez les marches comme si vous aviez vingt ans.
—Souffres-tu donc?
—Non; votre raccommodage est de première qualité; mais, par suite de votre diète, j'ai l'haleine courte.
—Dans huit jours tu mangeras à ton gré.