Aimée, sans être d'une beauté remarquable, était cependant jolie. Son visage, à la peau fine et rosée, plaisait plus encore par l'expression que par la régularité des traits. Elle avait de grands yeux aux regards veloutés, de belles dents, des cheveux noirs abondants, la taille bien prise, la démarche légère et gracieuse. Petite et mignonne, on la voyait partout à la fois, comme un lutin narquois et bienfaisant. On retrouvait en elle beaucoup de ce charme indéfinissable que Mademoiselle possédait à un si haut degré, et ceux qui approchaient l'aimable jeune fille, quel que fût leur âge ou leur sexe, ne pouvaient se défendre de l'aimer.
Un mois environ après l'installation des deux amis dans la petite maison, Aimée s'établit un soir près du lit de Mademoiselle.
«Je viens d'examiner mon cœur, dit-elle, et de lui faire passer un examen scrupuleux.
—Et quel a été le résultat?
—C'est que Gaston m'intéresse un peu plus que M. des Étrivières.
—Voilà qui est mauvais, répondit Mademoiselle avec vivacité.
—Je ne crois pas, bonne amie.
—Tu l'aimes encore?
—Oui, mais sans passion, comme un ami plus cher et que je connais depuis plus longtemps. D'ailleurs, ce n'était pas de moi que j'avais peur, c'était de lui.
—Que veux-tu dire?