Catherine vint appeler le docteur qu'un fermier voulait consulter; l'artiste, demeuré seul, se perdit dans ses réflexions.

«Elle est jolie, leur expérience, se dit-il; en voilà des encouragements. Gaston! ne manquera pas de me citer son exemple, et Mademoiselle? Je crois que c'est encore elle qui me comprendra le mieux. Moi qui étais si content de ma découverte, je n'ai plus envie de rire. Je crains que mon parrain n'ait élevé sa petite-fille dans des idées de célibat qui gêneraient singulièrement les miennes.»

Une fenêtre s'ouvrit, Aimée parut. Elle émonda une glycine dont les belles grappes de fleurs commençaient à se flétrir; puis, appuyée sur la balustrade, elle regarda au loin, pensive, sérieuse, le menton posé sur sa main fine et blanche.

«La gracieuse petite fée, murmura Bouchot; allons, la boîte à musique est intacte. Quel vacarme là-dedans, ajouta-t-il en se croisant les bras; je voudrais savoir fabriquer les vers, je remplirais cent pages avec ce seul nom: Aimée! La voilà partie, tous les soleils se couchent donc à la fois, maintenant. On ne dîne pas encore, j'ai le temps de monter dans ma chambre et de composer un sonnet. Dans la poésie, ce n'est ni la rime ni la raison qui m'embarrassent, c'est la longueur du vers. Bah! ça doit lui être bien égal à Mlle Aimée que les vers rampent sur douze ou sur quatorze pieds.»

Vers sept heures du soir, l'aide de Catherine prévint Bouchot qu'on l'attendait pour passer dans la salle à manger; Gaston, en retard, venait enfin d'arriver; l'artiste, en habit noir, en cravate blanche, en souliers vernis et ganté de frais, pénétra dans le petit salon; une exclamation de surprise le salua.

«Est-ce que vous allez au bal, mon neveu? demanda Mademoiselle.

—Non pas, ma chère tante.

—En soirée chez le percepteur? dit Aimée.

—Je ne bougerai pas d'auprès de vous, mademoiselle, si vous le permettez.

—Alors tu fais prendre l'air à tes habits? s'écria Gaston.