«J'ai vu des Joseph Vernet qui sont à peu près ça.»
Il faisait presque nuit lorsqu'on déboucha sur la place du Châtelet. Bouchot, tout en émaillant sa conversation de réflexions philosophiques sur la fuite rapide des heures, acheta pour un sou de pommes de terre frites.
«Décidément, dit-il en croquant la dernière, nous avons trop flâné, la courroie du père Bouchot va troubler ma digestion.»
Gaston s'attendrit en apprenant que son ami courait grand risque d'être battu.
«Veux-tu que je t'accompagne? dit-il, je raconterai à ton père que c'est à cause de moi que tu es en retard; je le prierai tant, qu'il te pardonnera.»
Bouchot, ému, saisit la main de Gaston et la secoua.
«C'est bon tout de même, s'écria-t-il, d'avoir quelqu'un qui pense à vous, qui vous aime et vous plaint. Mais vois-tu, mon bonhomme, le tire-pied du père Bouchot n'a plus d'oreille depuis que ma mère est morte. Bah! continua-t-il avec insouciance, je crierai afin d'abréger la séance. Tu connais la recette, hein? Lorsque ta belle-mère ira de trop bon cœur, braille de toute ta force, ça la fera finir plus vite à cause des voisins.»
Un frisson passa sur les épaules de Gaston à l'idée que Blanchote pouvait le battre de nouveau. Parvenus au fond de l'allée de leur maison commune, les deux enfants s'embrassèrent. Bouchot préluda mélancoliquement au pas de Giselle et disparut dans un escalier. Gaston allait frapper à la porte de son père lorsqu'il fut rejoint par l'apprenti.
«J'ai oublié de te rendre ton habit, tant la courroie me trotte par la tête, dit-il; d'ailleurs, tandis que j'y suis, je vais voir ton canon.»
Alexis remonta son sac en voyant entrer son fils et l'embrassa.