—Il est chez Pauquet, allons-y; j'entrerai le premier. Tu lui raconteras l'histoire; je m'en charge, si tu veux. Il reviendra avec toi, tu le laisseras passer devant, et la mère Blanchote en sera pour une bouteille rentrée.
—Oui-da, canaille! je t'y prends encore à lui donner de mauvais conseils», dit une voix enrouée.
C'était celle de Blanchote qui, grimpée sur ses socques, saisit Gaston par le bras de façon à le faire crier et l'entraîna vers la rue des Arcis.
«La gueuse! murmura l'apprenti revenu de sa surprise; sans Gaston, quelle série de boules de neige je lui collerais dans le dos! Si je courais chez Pauquet dire au capitaine que sa femme a mal aux dents, ou qu'un monsieur le demande, un monsieur décoré? La vieille sorcière, il a beau lui défendre de battre le petit, elle écoute la romance et soigne le refrain lorsqu'il n'est pas là! Allons chez Pauquet, il y a là des trognes qui valent celle de Téniers.»
Et, en dépit du verglas, Bouchot s'élança à toutes jambes vers l'hôtel de ville.
En sortant de chez le marchand de vin, Blanchote se rendit chez l'épicier, puis elle regagna la rue Jean-Pain-Mollet. Les doigts crispés autour du bras de Gaston, on eût dit un oiseau de proie entraînant sa victime palpitante. Tout à coup la mégère glissa, perdit l'équilibre et brisa dans sa chute la bouteille qu'elle venait d'acheter. Cet accident, qui eût dû la disposer à l'indulgence, l'exaspéra; elle se releva furieuse et se précipita sur Gaston, qu'elle battit.
«Assez, la mère, assez!» lui cria un joueur d'orgue qui rentrait.
Blanchote accueillit l'observation par des injures, saisit la petite main toute crevassée de l'enfant et reprit sa marche.
«Vous me faites mal», dit-il en essayant de se dégager.
La misérable pressa plus fort; il poussa un gémissement et tomba à genoux sur le sol glacé.