— Ah ! le maître te l’expliquera ! D’ailleurs, nous arrivons.
Ils s’arrêtèrent devant une vieille bâtisse en pans de bois, toute vermoulue, où déjà stationnaient des groupes d’enfants et de grandes personnes. Le menuisier reconnut quelques amis et bavarda un instant avec eux sous le déluge qui ne cessait point.
— Alors, vous menez ce gosse au régent ? lui demandait-on.
— Ma foi, oui, c’est de son âge ; il faut bien qu’il apprenne son alphabet. Et puis, quelques coups de rabot au caractère ça ne fait point de mal, pas vrai ? Surtout que le petit gars ne l’a pas toujours verni ; hein, Bernard ?
Mais l’enfant se taisait ; il avait un pli au front et semblait méditer.
— Il est toujours comme ça, ce petit, c’est une souche, dit Noë à ses interlocuteurs ; on ne sait pas d’où ça sort.
Bernard leva les yeux.
— Tu ferais mieux de te taire, fit-il d’un ton froid qui remua les auditeurs.
— Voilà, s’écria l’oncle en prenant ceux-ci à témoin, voilà comment me parle ce gosse. Et c’est mon neveu ; et j’ai seize ans de plus que lui !
« Et encore moi, ça m’est égal, je ne le vois guère que quand il descend à l’atelier, et aux repas. Mais avec mon frère Rodolphe, le tailleur, qui est marié, lui, et chez qui nous sommes en pension, c’est pareil. On ne peut pas dire qu’il soit grossier ; mais il vous a des raisonnements et tout le temps des raisonnements. Tout le jour, je l’entends à travers le plancher qui fait damner les compagnons tailleurs à l’étage et qui leur mange tout leur temps. Ça veut tout savoir, et ça a un mauvais esprit du diable. C’est un badinguet de mes bottes, quoi !