Mais Me Fougnasse assez inquiet, monta en même temps que lui.

Le lendemain, au petit jour, ils prirent la diligence et arrivèrent à Cantaoussel sans incident. La désolation de l’endroit frappa Bernard ; c’était un plateau noir balayé sans cesse par la bise ; des pays mornes bornaient son horizon ; pas un arbre dans ces solitudes ; les ouvriers vivaient, sales et noirs, dans des baraquements de planches ; Bernard voulut tout voir.

— Rien de bon, dit-il ; toute cette exploitation est mal menée.

Il termina sa visite par les logements ; il vit celui qui lui était réservé, celui de Me Fougnasse :

— C’est gentil chez vous, dit-il, c’est frais, pas usé ; vous ne devez pas y être souvent.

L’avocat rougit.

— Je vous jure que je ne vais pour ainsi dire jamais à Issoire ni à Clermont.

— Qui vous parle d’Issoire ou de Clermont ! Je veux dire que vous préférez circuler dehors que rester dans votre logement. Comme vous tournez mal tout ce qu’on dit !

Il s’enferma avec l’ingénieur. Celui-ci, gros homme bredouillant et agité, se mit à parler immédiatement. Bernard l’écouta avec patience mais d’un air excédé qui suffit à fermer l’écluse.

— Procédons avec ordre, dit-il alors. Il est évident, et vous le reconnaissez vous-même, que l’exploitation est mal menée. Je ne suis pas ingénieur mais je vois le résultat. Des grappes d’hommes disséminées, des chantiers ouverts de tous côtés sans ordre apparent, des matériaux dispersés, un roulage insensé, un cheval pour deux wagonnets et un conducteur qui n’en fout pas un clou, bien entendu. Si c’est là tout ce que vous savez faire de mieux, évidemment il faut préparer vos malles.