Fluere se dit d’une eau qui court, d’un liquide en mouvement ; manare, d’une eau qui jaillit et déborde, d’un liquide qui se répand ; liquere, d’une eau ou d’un liquide qui se disperse en vertu de sa nature physique. La cause de l’effet que marque fluere est dans l’absence de digue qui permet au corps liquide de couler en descendant par la loi de la pesanteur ; celle de l’effet que marque manare est dans le trop-plein de la source ; enfin, liquere, être à l’état liquide, marque l’absence de cohésion, la condition négative indispensable pour donner lieu aux effets que désignent fluere et manare. Fluere se rapproche de labi et a pour opposés hærere, stare ; manare, d’effundi, et il a pour opposés contineri, claudi ; enfin, liquere, de dissolvi, et il a pour opposés concrevisse, rigere. Gell. XVII, 11. “Plato potum dixit defluere ad pulmonem, eoque satis humectato demanare per eum quia sit rimosior et confluere inde in vesicam.” “D’après une opinion attribuée à Platon, l’eau que nous buvons coule de haut en bas jusqu’au poumon, puis, quand elle l’a suffisamment humecté, elle en ressort par une multitude de pores et va se réunir dans la vessie.”

Fluvius. Flumen. Amnis.

Fluvius, flumen, marquent, comme ῥόος, ῥεῦμα, un cours d’eau ordinaire, par opposition à un étang ou à un lac ; amnis, un grand fleuve, ποταμὸς, par opposition à la mer. Cic. Divin. I, 35, 78. “Ut flumina in contrarias partes fluxerint atque in amnes mare influxerit.” “Les rivières remontèrent leur propre cours et la mer se jeta dans les fleuves.” Sen. N. Q. III, 19. “Habet ergo non tantum venas aquarum terra, ex quibus corrivatis flumina effici possunt, sed et amnes magnitudinis vastæ.” “La terre ne contient pas seulement des filets d’eau qui peuvent former des rivières en se réunissant, mais encore des fleuves d’un volume immense.” Et un peu plus loin : “Hanc magnis amnibus æternam esse materiam, cujus non tangantur extrema sicut fluminum et fontium.” “Tel est le réservoir qui alimente éternellement les grands fleuves, mais dont l’origine n’est pas accessible comme celle des rivières et des sources.” Tac. Hist. V, 13. “Quo Mosæ fluminis os amnem Rhenum Oceano affundit.” “Dans les parages où la Meuse, qui est une rivière, prête son embouchure à un fleuve, au Rhin, pour le verser dans l’Océan.”

Fœcundus. Fertilis. Ferax. Uber. Frugifer. Fructuosus.

1. Fœcundus marque, comme εὔτοχος, la fécondité chez les êtres vivants qui font des petits ; il est opposé à effœtus ; fertilis et ferax marquent, comme εὔφορος, la fécondité de la nature et des éléments inanimés qui produisent ; ils ont pour opposé sterilis. Tac. Ann. XII, 63. “Byzantium fertili solo fœcundoque mari quia vis piscium hos ad portus adfertur.” Byzance possède un sol fertile et une mer féconde, car des circonstances locales poussent une multitude de poissons vers les ports de cette côte. Le trope employé ici par Tacite consiste à personnifier la mer, ce qui était bien plus aisé que de personnifier le sol. C’est la terre, non le sol, qui, après avoir d’abord paru comme élément, figure ensuite comme personne dans les passages suivants. Tac. Germ. 5. “Terra satis ferax, frugiferarum arborum impatiens, pecorum fœcunda, sed plerumque improcera.” “La terre, qui paraît assez fertile, repousse les arbres fruitiers ; elle est féconde en bestiaux, mais la plupart de petite taille.” Mela. I, 9, 1. “Terra mire fertilis et animalium perfœcunda genetrix.” “C’est une terre d’une fertilité étonnante et d’une fécondité extrême à engendrer pour ainsi dire des animaux.”

2. Fertilis marque la fertilité réelle subordonnée à la culture ; ferax, la fertilité possible fondée sur la nature du sol. Cicéron emploie fertilis dans le sens propre, ferax dans le sens figuré.

3. Fertilis et ferax associent à l’idée de la fécondité celle d’une force créatrice et productive, l’image du père et de la mère ; uber, une idée de nourriture et d’entretien, l’image de la nourrice, comme εὐθηνής ; frugifer, l’image de la campagne qui porte des moissons ; fructuosus, celle de l’arbre chargé de fruits, comme ἔγϰαρπος.

Fœdus. Societas.

Fœdus, association de sûreté mutuelle sur le pied d’un contrat consacré par la religion ; societas, association de simple convenance pour des entreprises communes. Liv. XXIV, 6. “Hieronymus legatos Carthaginem mittit ad fœdus ex societate faciendum.” “Hiéronyme envoie des ambassadeurs à Carthage pour transformer l’engagement en alliance.” Cic. Phil. II, 35. “Neque ullam societatem... fœdere ullo confirmari posse credidi.” “Je crus que tous les traités du monde ne parviendraient pas à cimenter un engagement.”